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L'origine du chien suite...

Dressage d'un chiot


Être chien de chasse n'empêchait pas l'intimité avec le maître, comme de nos jours. La chasse terminée, le chien continuait de partager tous les instants de sa vie, comme simple compagnon. Argos, le chien d'Ulysse, n'a-t-il pas été le premier chien dont l'histoire ait retenu le nom?
Fidèle Argos, qu'Ulysse découvre sur le fumier de la cour, rongé de vermine, guettant depuis vingt ans le retour de son maître.
Le chien qui assurait la protection des personnes, des biens et des troupeaux (chien de berger et de garde) faisait partie des scènes de la vie courante, et les bergers, chevriers et bouviers de l'époque n'ont pas jugé approprié de les représenter ni d'en parler abondamment.
Leur fonction n'était pas moins importante pour autant. Au début, on prenait un chien polyvalent que l'on dressait pour la garde, contre les ours, les loups et les brigands.
Ensuite ont été développées des races plus spécifiques, chiens de Molossie, puissants et farouches, dogues, mâtins représentés à Pompéi, et autres chiens commis à la garde des sanctuaires.

Durant l'Antiquité, on a aussi mis au point des races de chiens de compagnie, comme le chien de Malte, dont le seul rôle était d'être à proximité des gens ou de jouer avec les enfants.
Certains d'entre eux étaient gâtés au point d'être obèses; c'étaient déjà des chiens-jouets.
On leur offrait "des étoffes et des mets de luxe, du parfum pour les pattes, des cajoleries sans fin".
Et l'ethnologue français Jean-Pierre Digard rapporte dans son ouvrage L'homme et les animaux domestiques, ces mots de Jules César à son retour des Gaules:
"Les femmes romaines n'ont-elles donc plus comme autrefois des enfants à nourrir et à porter dans leurs bras ? Je ne vois que des chiens et des singes. "

Enfin, les chiens étaient aussi appelés à jouer dans des spectacles, à faire la démonstration de leurs prouesses et des tours qu'ils avaient appris, comme feindre de mourir d'empoisonnement et revenir à la vie à un signal déterminé.
Malgré l'engouement pour le chien domestique, le chien sans maison, errant, remplissait une fonction essentielle, mais jugée repoussante au point de faire prendre au terme "chien" une valeur d'insulte : c'était le chien éboueur, se nourrissant des ordures et des cadavres laissés sans sépulture.
Pour ne pas trop nous arrêter à cet aspect du chien, reprenons à Liliane Bodson cette citation d'un passage que Cicéron a écrit dans Nature des dieux:
"Et chez les chiens: leur loyauté si constante dans la fonction de gardien, leur dévotion si affectueuse envers leurs maîtres, et leur animosité envers les étrangers aussi bien que la prodigieusefinessede leur flair pour suivre une piste et leur vigoureuse ardeur à la chasse, que signifient ces dispositions? Sinon que les chiens ont été créés pour rendre service à l'humanité".

Du début du christianisme au Moyen Âge, on associe le chien à la rage, et la rage à la peste.
On fait également du chien un partenaire de la magie noire: selon la légende, le diable prend l'aspect du chien noir pour participer aux réunions des sorcières.
C'est Charlemagne qui, au VIIIe siècle, réunit le premier les chiens en meute dans le but de chasser les loups qui ont envahi le royaume.
Puis, les seigneurs, prenant de plus en plus plaisir à la compagnie intime des chiens, les laissent entrer dans les églises. Charlemagne l'interdit.
Pour marquer leur opposition à ce décret, les seigneurs décident de rester dehors pendant les messes, ce qui oblige les prêtres à garder les portes ouvertes durant les cérémonies et, après celles-ci, à sortir sur le parvis pour bénir seigneurs et chiens.
Doit-on y trouver l'origine de la bénédiction des chiens à la Saint-Hubert?
À cette époque, les chiens de compagnie sont toujours présents, miniaturisés, portés dans le giron de ces dames, compagnons de tous les instants, à table comme au lit.
Vers 1727, avec l'invasion massive du rat gris (surmulot ou rat d'égout), le chien ratier prend la place des chats.
À mesure que s'estompe la menace du loup et celle des grands prédateurs, les bergers choisissent des chiens plus petits que les molosses traditionnels, dont descendent nos races molossoïdes actuelles. D'Islande, en passant par l'Angleterre, nous viennent des chiens de berger qui conduisent réellement les troupeaux au lieu de se contenter de les garder.
Ailleurs, dans les régions pastorales d'Asie, le chien massif reste le meilleur auxiliaire du berger, mais on traite ce défenseur du bétail très durement; de fait, on favorise tellement le développement de son agressivité, qu'il faut le tenir à l'écart des habitations.
Certains molosses sont consacrés aux sports, tant chez les Anglais (chiens bull-dogs) que chez les Français, et servent aussi bien pour le divertissement des hommes que pour celui des "grandes dames"; c'est ainsi qu'au début du XVIIIe siècle commencent les combats entre chiens et taureaux, ânes, mulets, sangliers, ours ou loups.
Puis on découvre un autre sport: la chasse au gibier d'eau à laquelle participent des chiens rapporteurs, au pelage laineux: les bardets, ancêtres des berger allemands.
Pour éviter qu'ils ne soient alourdis par l'eau, on tond leur pelage. Et c'est le début du toilettage.
Quant au chien de travail, bâté ou tractant voiture ou traîneau, c'est en Amérique qu'il voit son apogée, en raison de l'absence de chevaux jusqu'en 1680.
Les colons blancs croisent les chiens du Nord avec leurs molosses et leurs bergers, et créent des chiens de garde et de trait puissants.

Au XIXe siècle, avec la venue de l'industrialisation et de l'urbanisation, le chien perd peu à peu son utilité, mais il ne disparaît pas pour autant; son rôle d'animal de compagnie devient très à la mode.
Apparaissent alors les centres de toilettage, les expositions et les sociétés cynologiques consacrées à l'étude du chien, la mode de l'animal de compagnie
En 1830, la reine Victoria, d'Angleterre, devient la protectrice d'un groupe de défense animale, la Société royale pour la prévention de la cruauté contre les animaux.
Quelques années plus tard, soit en 1876, on recense une bonne vingtaine de sociétés protectrices des animaux (S.P.A.) aux États-Unis et quelques lois y afférant.
Ces S.P.A. sont même créées avant les organismes visant la protection de l'enfance.
En 1874, une fillette qui a été victime de nombreux sévices est défendue avec succès en public sur la base des lois visant la défense des animaux; on prétend à cette occasion que la fillette est un animal. Il faut cette affirmation pour que l'enfant obtienne protection en justice contre son père qui l'a violée.

En Asie, les populations de chiens errants demeurent importantes. Puisque les gens craignent l'animal, ils forment peu d'attachement avec lui, d'autant plus qu'il leur sert souvent de nourriture.
En Occident, ce n'est presque plus le cas à cette époque: le chien peut entrer dans les maisons et dormir dans les lits.
L'industrialisation ayant passablement diminué la taille des familles, le chien peut s'y faire une place convenable, remplaçant ainsi un membre de la famille et bénéficiant par le fait même d'une hausse de son statut social.
Dans les sociétés de haute technologie, médicalisées, hygiéniques, le chien est donc accepté dans les habitations, mais dans les sociétés plus pauvres, il reste banni du foyer.
En fait, pour que l'humain puisse former une relation étroite avec l'animal, il faut qu'il sente que ce dernier ne représente plus une menace pour sa santé.

Plus près de nous, dans les années soixante, de fortes campagnes publicitaires viennent remettre en question cette place de choix laissée aux chiens; elles prêchent qu'il est immoral de s'attacher ainsi aux animaux alors que tant de gens souffrent de pauvreté à travers le monde.
Mais le vent tourne encore une fois dans les années soixante-dix: on se rend compte que l'attachement aux animaux domestiques est un facteur de santé psychologique dans nos sociétés modernes fortement urbanisées.
Chiens et chats entrent donc dans les prisons, dans les établissements pour personnes âgées, dans les centres d'hébergement pour handicapés, dans les centres de réadaptation et les hôpitaux.
Aujourd'hui, le chien est considéré comme un facilitateur de la communication et comme un catalyseur de la santé psychique et physique.

La chair du chien a été consommée autant dans l'Europe néolithique qu'en Amérique précolombienne, et elle l'est encore dans certains pays d'Asie. Il n'y a pas si longtemps, on mangeait du chien en Allemagne; la dernière boucherie canine a fermé ses portes à Munich entre les deux guerres mondiales.

Les poils de chien étaient encore filés et tissés dans les Pyrénées au XIXe siècle.

Animal de guerre depuis l'Antiquité, animal de garde et de défense des troupeaux, bête de chasse en tous genres, le chien sert également à tracter des traîneaux ou des carrioles, à faire tourner les broches et les moteurs des rémouleurs.

Chien de recherche de disparus, de drogue, de truffes, le voilà converti à guider les aveugles, à entendre pour les sourds, à faire les courses des handicapés moteurs, à aider les déprimés, à responsabiliser les enfants, à aimer et être aimé.

Le chien est essentiellement polyvalent, malgré les spécialisations dont on l'a affublé et qui caractérisent plus l'être humain qui pratique l'activité que le chien qui l'y aide: chiens de garde, de berger, de chasse, de sport, de guerre, chien star de cinéma, chien de laboratoire, chien thérapeute, etc.

Quel que soit son gabarit, quelle que soit sa race, le chien est un chien, c'est-à-dire un Carnivore social, chasseur, gardien, capable du pire et du meilleur, suivant la sélection, la socialisation et l'éducation que l'homme lui aura données.
C'est, de tous les animaux, le premier ami de l'homme.